STICHTING STIFTUNG

Jean-Claude Vanden Eynden au sommet de son art dans Franck et Schubert

Longtemps professeur au Conservatoire royal de Bruxelles et à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, l’un des plus jeunes lauréats du Concours Reine Elisabeth à seulement 16 ans en 1964 —  Jean-Claude Vanden Eynden donne un récital d’un niveau stratosphérique. Il offre une leçon de piano où la virtuosité s’efface devant la clarté et où la maîtrise technique – un sens du perlé inimitable –  est mise au seul service de la vérité discursive, héritée de son maître Eduardo del Pueyo.

En guise de grandiose mise en bouche, notre interprète propose rien moins que le Troisième Choral pour orgue de César Franck, dans la redoutable transcription de Blanche Selva. Par un sens magistral de la registration dynamique et de la transition coloriste, il en restitue toute l’ampleur de l’orgue sans jamais en trahir la masse. Le Cavaillé-Coll se fait Steinway ! L’aération du jeu, saisissante dans toute la section centrale, libère une polyphonie si limpide qu’elle ne fait, à aucun moment, regretter l’original.

Cette science de l’architecture caractérise de même la Sonate en La majeur D. 959 de Schubert. Au gré du long et épique premier mouvement, le pianiste déploie un sens peu commun de la structure, découvrant comme par paliers successifs la progression du mouvement par un éclairage dru des textures harmoniques les plus complexes. Mais jamais n’est forcé le trait : par une désarmante simplicité, le maître-pianiste belge maintient un respect scrupuleux du texte sans en étouffer le jaillissement émotionnel.
Il installe de même toute la lente thrénodie grise de l’Andantino, dont les changements de climat sont menés de main de maître, avec un naturel confondant. En quelques mesures bien ordonnées, surgit au détour d’une bourrasque la tempête centrale, menant à un climax rupteur d’une rare intensité, juste entrecoupé d’éloquents silences. Le Scherzo, ludique et très viennois, apporte alors une halte et une relative détente bienvenues après deux premiers mouvements d’une aussi drue densité. Par la variété des éclairages et du toucher, le Finale est mené à son terme sans que l’intérêt ne s’étiole, malgré les nombreuses redites quasi textuelles de ce rondo, chaque fois sous un nouvel éclairage fantasque, magnifié cette après-midi par un respect presque maniaque des nuances et des articulations, garant d’une humilité et d’une sincérité absolues.

En guise d’ultime confidence, après une minime hésitation, Jean-Claude Vanden Eynden triomphalement fêté à juste titre par un public en délire, offre en bis, toujours de Schubert, le troisième Impromptu en sol bémol majeur de l’opus 90, déclamé comme une poignante prière, avec cette même science de l’ordonnancement des plans sonores et d’une quête d’un absolu textuel : nous est ainsi offert un nouvel instant d’éternité.